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As An Object, AK47 version #00 • 2008 Â© Melik Ohanian
As An Object, AK47 version #00 • 2008 Â© Melik Ohanian
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As An Object

AK47 version #00

2008
work: #92 | category: Installation

La réalisation de cette œuvre préside à l’ouverture de l’exposition From The Voice To The Hand, en 2008. La veille du vernissage, une reproduction en cristal de kalachnikov a été lâchée par l’artiste dans l’espace d’exposition. Ramassés et recomposés selon l’ordre dans lequel ils étaient tombés, ses débris furent par la suite présentés sur un socle d’un mètre carré. As an Object se décline donc en trois temps, et trois objets : une photographie originale de la reproduction de l’arme intacte, à présent archivée, une vidéo documentant l’action sans public de cette destruction, et les débris de l’objet, recomposés pour chaque exposition.

En amont, le fusil de cristal avait été moulé par un artisan, à partir d’une arme réelle. Cet objet a été façonné en toute conscience de sa finalité - l’artisan ayant donné son accord pour que soit détruit le produit de son travail. Le geste minimal de destruction, qui contraste avec le savoir-faire qui a été déployé, initie donc un processus de création paradoxal : production, mémorisation de l’objet, destruction, présentation du résultat de cette destruction. Désacralisant l’objet d’art et sa valeur supposée, ce processus sacralise à l’inverse le geste de destruction, en plaçant sur un socle les débris qui en ont résulté. L’objet et sa forme ont disparu, seul reste tangible le basculement qui a présidé à la (dé)construction de l’œuvre.

Le choix de l’artiste de faire disparaître, en l’archivant, l’image de l’objet avant sa destruction, accroît le paradoxe. Le résultat du geste importe de fait plus que l’objet ou que le geste lui-même. Au regardeur, ensuite, de reconstituer les étapes du processus accompli, de rassembler les pièces à conviction traçant la genèse de l’œuvre. La vidéo documentant l’action n’est elle visible que sur le site internet de l’exposition, favorisant ainsi un rapport individuel du public à l’œuvre, et l’incitant à mener l’enquête. L’artiste, auteur d’un geste, est donc aussi l’archiviste de ses traces. L’œuvre s’inscrit alors à la fois dans le passé, en produisant son propre champ de fouille - et dans le futur, en produisant les conditions de sa conservation. Ruine volontaire, elle prend à chaque exposition la forme d’une « restauration » à rebours, qui reconstitue sa destruction.

Ultime paradoxe : détruire un objet de destruction. L’AK est la série d’armes la plus répandue au monde. À travers l’image de cette arme brisée, mettre à mal le processus de création permet ici d’interroger certains marchés et systèmes de production, qui parfois conduisent à des aliénations, ou disparitions. Substituer le démontage à la chaîne de montage : en inaugurant le temps d’exposition par un geste lapidaire qui contredit en un instant des heures de labeur, il s’agit d’œuvrer en décomposant - et d’opposer à la production d’objets un « dés-oeuvrement » créatif, et réflexif.

— Texte de Garance Malivel à partir d'entretiens avec Melik Ohanian © 2012 

ENG

As an Object was originally a life-size model of an AK47 Kalashnikov in solid glass (crystal). On the evening of the opening the artist deliberately dropped the glass model on the floor and exhibited its debris on a large flat block. The performance was filmed in Paris, September, 16 2008.

FRA
Texte de Garance Malivel à partir d'entretiens avec Melik Ohanian © 2012

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As An Object AK47 version #00

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